De quoi parle-t-on vraiment quand Washington évoque la « restauration de l’ordre mondial » ?
Ou d’une tentative de reprendre la main, seul, sous couvert de grands mots ?
À Munich, Marco Rubio a offert aux Européens un discours plus feutré que les diatribes passées. Civilisation commune. Vieille amitié. Alliés appelés à défendre ensemble un héritage partagé. Certains y ont vu un apaisement. D’autres ont poussé un soupir de soulagement.
Peut-on sérieusement parler de revitaliser l’amitié, tout en soutenant ouvertement ou en coulisses les droites radicales qui fragilisent les démocraties européennes de l’intérieur ?
Peut-on invoquer une civilisation commune, tout en dénigrant le modèle même des démocraties libérales européennes : leurs contre-pouvoirs, leur pluralisme, leur lenteur parfois… mais aussi leur solidité ?
Sous Donald Trump, ce leadership américain ne cherche plus à convaincre par l’exemple, mais à conditionner l’alliance à l’alignement idéologique. Être allié, oui à condition de suivre. À condition de se taire quand le ton se durcit. À condition d’accepter que la définition de l’ordre mondial se décide ailleurs et par un seul homme dont la crédibilité est à son plus bas dans son propre pays.
La réaction européenne, notamment française, éclaire bien ce doute : non, ce type de discours ne modifiera pas la trajectoire. L’Europe poursuivra son autonomie stratégique, indépendamment des envolées américaines.
Alors oui, on peut appeler ça parler des deux côtés de la bouche.
La vraie question est simple :
restaurer l’ordre mondial, oui, mais selon quelles règles, et décidées par qui ?
Tant que la réponse viendra d’un seul côté de l’Atlantique,
le leadership américain restera fragile et contesté et très imprévisible.
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