Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple?
Parce qu’on est humains.
Plus sérieusement, on complique souvent par peur de perdre le contrôle, par habitude, ou parce qu’on confond profondeur et complexité.
Alors que le simple, le vrai, le juste… demande parfois plus de courage que le compliqué.
Comme disait un vieux principe d’ingénieur (et de sagesse) :
« La simplicité, c’est l’ultime sophistication. »
Et ça, mine de rien, c’est un art.
Dans plusieurs débats récents qu’il s’agisse de l’IA en enseignement, de la gestion des données publiques ou du système de transmission des résultats médicaux une même idée revient : centraliser pour mieux contrôler. Sur papier, la promesse est séduisante. Dans la réalité, elle mérite d’être nuancée.
Prenons le cas du SIL-P, le Système d’information de laboratoire provincial, déployé par Santé Québec. Son objectif est clair et légitime : remplacer plus d’une centaine de systèmes locaux afin de centraliser les résultats de laboratoire, améliorer la traçabilité, réduire les délais et limiter les erreurs. Le projet, évalué à 72 millions $, traite aujourd’hui environ 72 % des analyses au Québec.
Officiellement, 98,8 % des résultats sont transmis correctement. Mais ce pourcentage, appliqué à plus de 30 millions de tests par année, représente tout de même 364 000 résultats mal acheminés en 2025. Dans un groupe de médecine familiale montréalais, 744 rapports ne sont jamais parvenus aux médecins qui les avaient demandés. Dans un cas documenté, un résultat critique évoquant un cancer potentiel n’a été découvert qu’un an plus tard, par hasard.
L’enquête journalistique montre que le problème ne tient pas à une défaillance technologique majeure, mais à des choix de conception : menus déroulants ambigus, médecins associés à plusieurs cliniques, options menant à des boîtes de réception désuètes (fax non consultés), dépendance à la saisie humaine. Résultat : le système fonctionne statistiquement, mais peut échouer là où l’erreur n’est pas permise.
Face à ces constats, Santé Québec reconnaît les limites actuelles et évoque des pistes : intégration directe des ordonnances, réduction de la saisie manuelle, éventuellement des codes QR. Des solutions techniquement simples, mais qui auraient pu être envisagées dès le départ.
Ce cas illustre un enjeu plus large, qui dépasse la santé. Dans l’enseignement supérieur comme dans l’administration publique, on observe la même tentation : accumuler, centraliser, standardiser, en croyant que cela produira automatiquement de meilleures décisions. Or, les acteurs de terrain rappellent une réalité constante : la qualité d’un système dépend moins de la quantité de données que de leur pertinence au moment de l’action.
Autrement dit, l’intelligence humaine comme organisationnelle n’est pas l’art de tout savoir, mais l’art de choisir, d’exclure et de ralentir quand il le faut. Centraliser peut être utile, parfois nécessaire. Mais lorsque la centralisation éloigne la donnée de son usage concret, dilue la responsabilité ou multiplie les points de friction, elle devient une source de fragilité plutôt qu’un progrès.
Les faits sont là, documentés, mesurables. Ils ne disent pas que les projets sont inutiles. Ils disent autre chose, plus exigeante : un système intelligent n’est pas celui qui voit tout, mais celui qui amène la bonne information, au bon moment, à la bonne personne ,sans possibilité d’erreur silencieuse.
C’est à partir de cette distinction, simple mais fondamentale, que le débat mérite d’être mené.

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