On pointe du doigt les dictateurs, les autocrates et les fossoyeurs de démocraties. Mais si, derrière nos discours vertueux, nous étions en train de normaliser tranquillement, confortablement ceux que nous disons craindre ?
1. Quand la morale se heurte à la réalité du monde
Il y a des scènes qui heurtent l’esprit : un prince héritier accusé par ses propres alliés d’avoir ordonné un meurtre politique, un président occidental qui s’esclaffe à ses côtés comme s’ils venaient de conclure un bon vieux deal amical.
Dans nos salons, on se scandalise. Dans les médias, on s’indigne. Et dans les coulisses diplomatiques… on continue comme si de rien n’était.
Car une vérité dérangeante persiste : ce n’est jamais la morale qui dirige le monde, mais les intérêts stratégiques, les marchés, les routes énergétiques et la peur de perdre son influence.
2. Les démocraties ont la mémoire courte
Après un scandale mondial, les leaders jurent toujours que « plus jamais » ils n’appuieront un régime autoritaire. Ça tient quelques mois. Parfois un an.
Puis l’actualité se déplace, l’indignation s’essouffle, et les visites officielles reprennent.
Car pendant que l’Occident sermonne, la Chine avance ses pions, et les États n’aiment pas laisser vacants des espaces d’influence stratégiques.
Le monde bouge. Les principes, eux, s’ajustent.
3. Le Canada : pudique en surface, pragmatique en profondeur
Chez nous, on ne s’affiche pas avec les autocrates en riant aux éclats. On préfère la distance polie, les conférences sobres, les formules prudentes.
Mais derrière cette façade respectable, les échanges commerciaux s’accélèrent, les ministres se succèdent, les négociations s’intensifient.
Le Canada veut paraître vertueux, mais il ne veut surtout pas être exclu du banquet économique qui s’ouvre au Moyen-Orient.
4. Vision 2030 : le véritable aimant
L’Arabie saoudite ne veut plus dépendre du pétrole. Et pour se transformer, elle met sur la table un coffre au trésor : un fonds souverain dépassant 1000 milliards de dollars américains.
Villes futuristes, mégaprojets, IA, technologies propres, mines, tourisme de luxe… C’est un buffet économique où tout le monde veut une assiette.
Même ceux qui dénoncent la brutalité du régime.
Et dans ce monde-là, le Canada fait exactement ce que font les autres : s’asseoir à la table et tenter de jouer sa carte.
5. L’angle mort : ce n’est pas eux que nous normalisons… c’est nous
On aime dire que ce sont les autocrates qui sont « normalisés ». Mais si la normalisation était en fait la nôtre ?
On s’indigne en public, on signe en privé. On prêche la morale, mais on commerce avec ceux qu’on juge immoraux. On crie au scandale, puis on oublie lorsque les contrats deviennent séduisants.
Et si, tranquillement, nous étions en train de nous habituer à ce qui devrait nous répugner ?
Conclusion:La question JP&GP
Dans un monde où tout s’achète , l’énergie, les technologies, les alliances, et parfois même le silence, que vaut encore notre indignation lorsque vient le temps de signer un contrat ?
👉 Et vous : que voyez-vous de ce que nous acceptons déjà sans même nous en rendre compte ?
