Qui gagne dans ce nouveau monde ?

 



Blogue JP & GP — Dimanche 5 janvier 2025

Il y a des moments où l’actualité cesse d’être une suite d’événements pour devenir un révélateur.
Ce que nous venons de vivre avec le Venezuela n’est pas seulement la chute brutale d’un régime autoritaire. C’est un moment de bascule.

La question qui s’impose n’est donc pas :

« Qui avait raison ou tort ? »

Mais bien :

« Qui gagne dans ce nouveau monde qui se met en place sous nos yeux ? »


 

La fin d’un monde… sans déclaration officielle

Pendant des décennies, nous avons vécu dans l’illusion rassurante d’un ordre mondial fondé sur des règles :

  • souveraineté des États,

  • droit international,

  • institutions multilatérales censées arbitrer les conflits.

Cet ordre n’était ni parfait ni équitable, mais il offrait un cadre, une fiction collective partagée.

Aujourd’hui, cette fiction s’effondre non pas par une Grande Guerre mondiale, mais par une suite d’actions unilatérales assumées. Quand un chef d’État peut être capturé par un autre pays sans opposition effective, ce n’est pas seulement un homme qui tombe, c’est l’arbitre qui quitte le terrain.

L’ONU dénudée, le pouvoir exposé

L’Organisation des Nations Unies n’a pas été détruite.
Elle a été déculottée.

Elle condamne.
Elle s’inquiète.
Elle appelle au dialogue.

Mais elle ne bloque plus. Elle ne contraint plus.

Ce constat ouvre la voie à une nouvelle logique :

l’autodéterminalisme politique des puissants.

Désormais, ce n’est plus le droit qui autorise l’action,
c’est la capacité d’agir sans être empêché.

Un monde de blocs, pas de principes

Nous assistons à une consolidation du pouvoir exercé continentalement.

  • Les États-Unis structurent et verrouillent leur hémisphère.

  • La Russie cherche à imposer sa zone d’influence européenne.

  • La Chine façonne l’Asie selon ses priorités.

  • L’Afrique, encore fragmentée, devient un enjeu central de demain.

  • L’Inde tente de préserver une autonomie dans cet étau géopolitique.

Le monde ne se pense plus en termes universels, mais en zones, en ressources, en accès stratégiques.

Alors… qui gagne ?

Les grandes puissances

Elles gagnent en liberté d’action.
Elles décident, puis expliquent.
Elles testent les limites… et constatent qu’il y en a peu.

Les industries stratégiques

Énergie, armement, technologies critiques, ressources naturelles.
Dans ce nouveau monde, l’économie et la géopolitique ne font plus qu’un.

Les récits simples

Les discours de force, de protection, de contrôle rassurent des populations fatiguées par l’instabilité. La complexité recule. Le message clair gagne.

Et qui perd ?

Le droit international

Non pas parce qu’il est faux, mais parce qu’il n’est plus contraignant.

Les petits et moyens États

Leur souveraineté devient conditionnelle : tolérée tant qu’elle ne contredit pas les intérêts du bloc dominant.

Les citoyens ordinaires

Ce sont eux qui paient :

  • l’instabilité,

  • les sanctions,

  • les conflits prolongés,

  • l’augmentation des coûts énergétiques et alimentaires.

Et le Canada dans tout ça ?

Le Canada n’est pas un spectateur.
Il est dans la zone.

Notre souveraineté ne disparaît pas, mais elle se négocie désormais à l’intérieur d’une sphère de puissance. Le droit ne suffit plus à nous protéger. Ce qui nous protège, ce sont :

  • notre valeur stratégique,

  • notre crédibilité,

  • notre capacité à penser puissance sans renier nos valeurs.

La question que nous devons nous poser

Le vrai enjeu n’est pas de savoir si ce monde est souhaitable.
Il est déjà là.

La seule question honnête est donc :

Comment rester libres, lucides et dignes dans un monde où la force a repris le dessus sur les règles ?

En guise de conclusion

Personne ne s’ennuiera de Nicolás Maduro.
Mais beaucoup devraient s’inquiéter de la méthode qui l’a fait tomber.

Car aujourd’hui, ce ne sont pas les dictateurs qui gagnent.
Ce sont ceux qui peuvent décider seuls.


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