Il y a eu un bref moment après le lancement de ChatGPT, il y a trois ans, où certains se demandaient si la domination de Google pourrait un jour être menacée par OpenAI, l’ambitieuse entreprise en démarrage qui venait de lancer le tout premier robot conversationnel à percer dans le grand public, jetant ainsi les bases de l’industrie de l’IA générative. Aujourd’hui, rares sont ceux qui y croient encore.
ChatGPT est à l’industrie de l’IA ce que Kleenex est aux mouchoirs. Dans la culture populaire, lorsqu’on évoque l’IA générative, on utilise habituellement le terme « ChatGPT ». Pour expliquer à quelqu’un ce qu’est Gemini, la façon la plus simple de le décrire est de dire que c’est « le ChatGPT de Google ». Bref, OpenAI a indéniablement remporté la bataille du marketing avec ChatGPT. Mais tout indique désormais qu’elle est en voie de perdre la guerre.
Pendant cette courte période où certains se demandaient si OpenAI pouvait un jour dominer, Google avait déclenché l’alerte rouge à l’interne : le géant craignait que son modèle d’affaires ne soit bouleversé par ChatGPT. Il devait donc non seulement créer des produits concurrents, mais aussi intégrer l’IA dans ses produits existants.
Nous voilà en décembre 2025, et la mission est en voie d’être accomplie. ChatGPT a toujours une base d’utilisateurs nettement plus importante (800 millions d’utilisateurs hebdomadaires contre 650 millions d'utilisateurs mensuels pour Gemini), mais ce dernier est maintenant en avance sur ChatGPT dans plusieurs autres catégories.
Gemini a surpassé ChatGPT dans de nombreux tests de performance (couramment appelés « benchmarks » en anglais) et, comme nous l’avons mentionné dans cette même infolettre il y a deux semaines, ses capacités de génération d’images dépassent de loin celles de ses concurrents.
En conséquence, OpenAI a déclenché sa propre alerte rouge cette semaine. Selon The Information, le PDG Sam Altman a indiqué dans une note interne qu’OpenAI allait suspendre plusieurs de ses initiatives – y compris la mise en place de publicité dans ChatGPT – afin de se concentrer sur l’amélioration de son robot conversationnel et de ses capacités de génération d’images.
Rappelons par ailleurs qu’OpenAI a levé plus de 57 milliards de dollars américains, est valorisée à plus de 500 milliards de dollars américains, mais n’est toujours pas profitable.
Mission impossible?
Publiquement, les grands bonzes d’OpenAI ne semblent pas s’inquiéter. Leur responsable de la recherche, Mark Chen, a minimisé l’importance de cette alerte rouge au Core Memory Podcast, cette semaine. Il s’est aussi dit convaincu qu’OpenAI serait en mesure de riposter et même de dépasser Google bientôt.
Le hic, c’est que Gemini n’est qu’un service parmi tant d’autres chez Google. Son vice-président des produits, Robby Stein, a partagé la vision d’avenir de Google au Limitless Podcast, cette semaine.
Le premier objectif de Google est de demeurer la destination de référence pour toute question que vous vous posez. Cela veut dire que la recherche Google ne disparaîtra pas dès demain matin, et demeurera disponible lorsque l’utilisateur croit que c’est le meilleur moyen de trouver de l’information.
La plateforme compte toutefois nous pousser de plus en plus vers l’IA dans cet environnement de recherche. Cela a commencé il y a un an et demi avec les « Aperçus IA », et a continué à se développer cette année avec le « Mode IA », qui fait apparaître une fenêtre conversationnelle à même le moteur de recherche. À terme, Google espère prioriser de plus en plus ce type d’expérience, que Robby Stein a baptisée « recherche conversationnelle ».
Cette évolution s’appuie sur des fonctionnalités déjà existantes : nous pouvions déjà faire une recherche à partir d’une image avec Google Lens ou utiliser notre voix dans l’application mobile de Google. Désormais, Google veut pouvoir répondre à des questions de suivi et enchaîner le tout dans une conversation naturelle.
Mais ça ne s’arrête pas là. Le pari de Google est aussi qu’il vous connaît mieux que n’importe qui, et il compte mettre ces connaissances au service de l’IA, qui sera intégrée dans tous leurs produits, avec l’objectif ultime d’être votre assistant personnel.
Google imagine donc un avenir où une simple requête vocale lui permettra de trouver pour vous le restaurant qui vous convient le mieux selon vos goûts et votre historique, d’effectuer une réservation pour vous à partir de Google Maps, de confirmer celle-ci dans votre compte Gmail et de l’ajouter automatiquement à votre calendrier Google.
Ce principe s’applique à toutes les sphères de votre vie : si, au volant, vous dites à l’Assistant Google que vous souhaitez acheter un grille-pain rouge en acier inoxydable dans lequel on peut griller quatre tranches de pain, il peut lancer une recherche à cet effet et vous envoyer une alerte lorsqu’un tel produit est en rabais au prix souhaité. Idem pour des vols réservés à partir de Google Flights, par exemple.
OpenAI veut également que ChatGPT devienne votre assistant, il a fait des pas dans cette direction en lançant récemment son navigateur web agentique. Mais Google a déjà tellement d’infrastructures en place et une fine connaissance de ses utilisateurs grâce à sa position dominante dans le marché technologique qu’un simple rattrapage d’OpenAI au niveau des capacités de son robot conversationnel et de son générateur d’images ne représente qu’une petite partie du chemin à parcourir s’il veut pouvoir offrir un assistant comparable à celui de Google.
Et tout cela, sans mentionner que Google possède :
Un puits sans fond d’argent qui peut servir à creuser l’écart avec OpenAI, sans devoir mettre sur pause d’autres initiatives.
40 % du marché mondial de la publicité au paiement par clic.
Une part significative du marché mondial (les estimations varient entre 15 % et 50 %) des suites de productivité en ligne avec Google Workspace, dans lequel ses outils d’IA sont déjà intégrés.
Cela explique pourquoi de plus en plus d’observateurs voient Google sortir vainqueur de cette course aux armements. Parmi eux, le parrain de l’apprentissage profond Geoffrey Hinton, qui a dit cette semaine qu’il ne serait pas surprenant de voir le Goliath que représente Google pulvériser le David qu’est OpenAI.
« Je pense qu’il est en fait encore plus surprenant que Google ait mis autant de temps à dépasser OpenAI », a songé M. Hinton, qui a travaillé pour Google jusqu’en 2023.
Mon commentaire au texte des décrypteurs:
On peut reconnaître la puissance de Google sans jamais confondre puissance et sagesse.
Oui, leurs outils sont utiles.
Oui, leurs innovations sont impressionnantes.
Mais tout leur modèle repose sur une seule chose : que nous restions dans leur Colisée, que nous continuions de réagir, cliquer, chercher, consommer… pour nourrir la machine.
Le bruit n’est pas un accident : c’est leur carburant.
Choisir de ne pas encourager les GAFA et leur ambition impérialiste, ou n’importe quel autre géant du numérique, ce n’est pas être contre la technologie.
C’est faire un choix fondamental, celui de refuser de devenir un spectateur dans un empire construit pour capter notre attention plutôt que respecter notre liberté.
Les millions qu’ils dépensent pour nous attirer n’achèteront jamais ce que je protège :ma lucidité, mon autonomie, mon droit de penser hors des arènes qu’ils construisent pour nous.
Je ne me prives pas de technologie.
Je refuse simplement qu’elle décide à ma place.
Et dans ce monde qui ressemble de plus en plus à un amphithéâtre numérique, garder sa liberté est un acte de résistance tranquille, un acte “zéro bruit”.
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